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Le livre des mystères : chapitre 6

  • 10 mars 2017
  • 5 min de lecture

Chapitre 6 : Célya



- Allez-y poussez !

Bien qu'épuisée, Néryne attendit une nouvelle contraction. Sentant venir la douleur, devenue familière maintenant, la jeune femme mobilisa ses forces déclinantes pour accompagner au mieux le bébé. Ce bébé, son bébé, tant attendu si désiré.

Toutes les soeurs de Néryne étaient déjà à la tête d'une nombreuse progéniture : pour preuve, sa troisième soeur, l'imposante Edona, allait donner naissance dans quelques semaines à son septième fils. Seule Néryne faisait exception : à presque trente ans, elle n'avait toujours pas d'enfant, ce qui faisait d'elle l'objet de commérages dans leur village d'origine et un sujet d'amusement dans leur famille.

- Peut-être Fador a-t-il perdu la recette ? plaisantait régulièrement la mère de Néryne.

En pensant à son époux, la jeune femme sentit son coeur se serrer. Fador était un bon époux, un homme jovial et fort, toujours prompt à aider son prochain. Un homme simple et bon, sorcier de la Magie du Bois. Un homme loin du genre d'époux dont ses parents rêvaient pour elle. Néryne avait de fortes aptitudes en Magie de la Guérison, une rareté dans la région, ce qui lui assurait un bon mariage. Au lieu de quoi, lors d'une fête du Solstice d'Eté , elle avait rencontré Fador. Son sourire avait fait le reste.

A peine deux ans après leur rencontre et contre l'avis de ses parents, Néryne et Fador s'étaient mariés et avaient rapidement déménagé : ils s'étaient installés à Trykéa, petit bourg de l'arrière pays connu pour son aspect folklorique.

Vu des collines environnantes, le village donnait l'impression d'avoir été assemblé par ses habitants par tout ce qui passait à leur portée. Le couple ne manquait de rien et, ils s'étaient tous les deux rapidement fait une bonne réputation, le bourg manquant d'artisans de qualité (il y a avait toujours quelque chose à remettre en état à Trykéa) et de guérisseurs. Il ne manquait qu'une enfant à leur bonheur. Cet enfant qui allait enfin arriver.

Cela faisait presque trois ans maintenant qu'elle avait avait perdu le bébé qu'elle portait depuis sept mois suite à une épidémie de fièvre. Néryne savait pourtant que dans son état, elle n'aurait jamais du aller porter secours aux malades mais, elle n'avait pu résister à sa nature de guérisseuse. Epuisée par des nuits de veille, elle était tombée malade à son tour; son entêtement avait coûté la vie à son bébé. Elle avait cru ne jamais s'en remettre.

Depuis lors, plus jamais la jeune femme n'était retombée enceinte. Inquiets et désespérés, ils avaient consulté de nombreux guérisseurs. Tous leur avait tenu le même discours : rien n'empêchait Néryne de concevoir à nouveau. Et, alors que le couple n'y croyait plus, l'heureux évènement s'était produit. Et cette nuit de pleine lune, la jeune femme luttait pour donner naissance au bébé.

Néryne avait ressenti les premières contractions le matin à l'aube alors qu'elle ramassait des racines pour préparer des décoctions. Venue rapidement, Edia, la sage-femme du village, avait trouvé le travail bien avancé. Mais, depuis midi, plus rien ne se produisait comme si le bébé refusait de sortir ou bien qu'il était bloqué. Rien de ce que la sage-femme avait tenté n'avait fonctionné, que ce soit les massages ou les tisanes. L'angoisse était palpable dans la chambre et Edia était prête à tout pour sauver l'enfant et Néryne.

De l'autre côté de la porte, Fador faisait les cent pas, rongé par l'inquiétude. Sa seule compagnie était Félisse, le mari de Edia; ce dernier essayait de se montrer rassurant.

- Edia connait son métier. Bientôt, tu tiendras ton enfant dans tes bras.

- Je ne remets pas en cause les compétences de ton épouse mais nous avons déjà vécu un drame. Et si la situation est difficile pour moi, elle l'est encore plus pour Néryne. Je ne suis pas certain qu'elle réussisse à se remettre d'un nouvel échec.

Fador serra les poings de désespoir : il aimait sa femme, tous deux vivaient simplement dans le respect des Dieux et de la Magie. Pourquoi devaient-ils affronter de telles épreuves ?

Soudain, un cri de douleur brisa le silence. Dans un seul élan, Fador se précipita dans la chambre attenante pour se figer. Epuisée mais radieuse, Néryne tenait serré contre elle un paquet d'où émergeait une petite figure rose. Edia se tourna vers Fador :

- Ce fut une guerre longue et difficile mais ta femme est une battante. Et votre fille est magnifique.

Fador mit de longues secondes à comprendre ce que la sage-femme venait de dire. Une fille, il avait une petite fille. Gagnant le lit, il vint déposer un long baiser sur le front de son épouse, caressant maladroitement ses cheveux. Emue, Néryne ne put contenir plus longtemps ses larmes. Enfin, le bébé était là. Sain, en bonne santé; Fador, lui, ne savait pas quoi faire ; la petite chose que sa femme tenait contre elle était son enfant.

- Est-ce que tu prendrais ta fille dans tes bras ?

Fador eut l'impression de revenir à la réalité : maladroitement, il reçut le bébé des mains de Néryne. Le sorcier sentit ses jambes se dérober : elle était magnifique. Une petite bouille ronde au crâne recouvert d'un fin duvet. Comment un être si petit pouvait-il être source d'une si grande joie ?

- Comment la trouves-tu ?

- Elle est tellement belle ! Je suis si fière de toi.

- Tu aurais peut-être préféré un fils ?

- Elle sera une grande sorcière, j'en suis certain. Je ne serais pas plus heureux en ayant un fils.

Il observa son épouse : Néryne était radieuse, comme au jour de leur mariage.

- Nous avons maintenant une mission importante.

- Laquelle ?

- Comment allons-nous appeler cette enfant ?

Fador ne sut que répondre. Ils n'avaient pas oser choisir de prénoms de peur de perdre le bébé. Tandis que le couple devisait à voix basse, la petite fille commença à s'agiter dans les bras de son père.

Alors, un rayon de lune filtra par la fenêtre à demi ouverte de la chambre. Il tomba sur le visage encore frippé. Comme par enchantement, le bébé émit un son qui aurait pu passer pour un rire : il n'en fallut pas plus pour le couple y voit un signe du ciel. Depuis que la Magie était née, la Lune avait toujours été la protectrice des sorcières; il fallait donc rendre hommage à l'astre nocturne pour cette grâce inattendue.

- Nous la nommerons Célya, déclara Néryne.

- Célya ?

- Dans la lignée de mes ancêtres, ce la signifie "Clair de Lune". Je pense que l'Astre sera flatté et qu'il gardera notre fille sous sa protection.

- Alors, ce sera Célya.

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- Magie, merveilleuse Magie, montre-moi ce qui t'agite.

La surface du chaudron où reposait une liquide jaunâtre s'agita paresseusement. La main y ajouta une pincée d'herbe et la mixture se mit à bouillonner. Soudain, la surface devint limpide et dévoila une chaumière. De la lumière filtrait par les fenêtres en dépit de l'heure tardive. On pouvait sentir le bonheur qui émanait du lieu. Plissant les yeux, la voix demanda :

- Montre-moi.

La scène se transforma sous ses yeux pour montrer une chambre coquette. Sur un grand lit, une jolie jeune femme aux traits épuisés tenait dans ses bras quelque chose. Comme l'ombre se penchait, la scène s'agrandit encore, révélant le bébé qui dormait dans le lange. Une petite fille. Se reculant, la Voix dit :

- Enfin.


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